Balade poétique à Croulebarbe

Mercredi 23 septembre, premier jour de l’automne 2026, une douzaine d’amopaliens se sont retrouvés devant la Manufacture des Gobelins où ils ont retrouvé l’association « Parole et poésie » (Voir « Le Chat Noir) afin de retrouver l’histoire du quartier et découvrir les nombreux poètes qui le fréquentaient.

Ce quartier, autrefois hors les murs, était traversé par les bras de la Bièvre et abritait une population parmi les plus pauvres. L’insécurité y était reine, on risquait sa vie à emprunter la rue de l’Ourcine. Le développement des tanneries et des teinturiers n’a pas amélioré son sort. Les rejets de rinçages qu’elles généraient abondamment ont transformé la Bièvre en égout à ciel ouvert.

Le groupe avec Patrick Picornot

Et pourtant, ce quartier avait une vie et il a toujours attiré des poètes et non les moindres. Pierre-Jean de Béranger, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Joris-Karl Huysmans, Jean-Antoine de Baïf, Claude Petit… y ont trouvé leur muse.

Oui, c’est bien le vallon ! le vallon calme et sombre !

Ici l’été plus frais s’épanouit à l’ombre.

Ici durent longtemps les fleurs qui durent peu.

Ici l’âme contemple, écoute, adore, aspire,

Et prends pitié du monde, étroit et fol empire

Où l’homme tous les jours fait moins de place à Dieu !

La rivière au fond ; des bois sur les deux pentes.

Là, des ormeaux, brodés de cent vignes grimpantes ;

Des prés, où le faucheur brunit son bras nerveux :

Là, des saules pensifs qui plurent sur la rive,

Et, comme une baigneuse indolente et naïve,

Laissent tremper dans l’eau le bout de leurs cheveux.

Victor Hugo extrait de son recueil « Les feuilles d’automne »

composé au Château des Roches à Vauboyen (Essonne)

Le premier arrêt était au pied du château de la Reine Blanche dont on situe la construction au XIIIe siècle. Il est désormais totalement réhabilité et habité par des copropriétaires chanceux. Le blanc était la couleur du deuil avant que la mode espagnole impose le noir. Il ne manque pas de reines à qui ont pourrait attribuer son nom ; Blanche de Castille, Blanche de Navarre, peut-être même Blanche de Bourbon. Ce qui est plus probable, c’est que le dramatique « Bal des ardents » s’y déroula.

Patrick Picornot raconte l’histoire, parfois incertaine, du quartier, de la Reine blanche, de la famille Gobelin, celle de ses habitants, ouvriers et tâcherons, bergers et malandrins. Celle du crime de la bergère d’Yvry dont l’assassin fut guillotiné en place de Grève sous le regard de Victor Hugo. Il lui aurait inspiré « Dernier jour d’un condamné ». Aumane Placide intervenait régulièrement pour nous lire les poèmes qu’elle avait sélectionnés. Les écouter dans le square René Le Gall, sous l’ombrage d’arbres magnifiques et embaumé d’une roseraie encore fleurie fut un plaisir.

C’était de mon temps.

Que brillait Madame Grégoire.

J’allais à vingt ans

Dans son cabaret rire et boire ;

Elle attirait les gens

Par des airs engageants.

Plus d’un brun à large poitrine

Avait là son crédit sur la mine.

Ah ! comme on entrait

Boire à son cabaret !

Extrait d’une chanson de Béranger, intitulée « Madame Grégoire »

Ne faisons pas ici le cancre,

Et passons vite ce ruisseau

Est-ce de la boue ou de l’eau ?

Est-ce de la suie ou de l’encre ?

Quoi ! c’est le seigneur Gobelin !

Qu’il est sale et qu’il est vilain !

Je crois que le Diable à peau noire,

Par régal et par volupté,

Ayant trop chaud en purgatoire

Se vient ici baigner l’été.

Claude Le Petit (Extrait de « Paris ridicule » ou de « La chronique »

Et pour clôturer cette visite ensoleillée conjointement par la parole et par le ciel, nous avons décidé de déjeuner ensemble dans le cabaret historique de la Madame Grégoire que nos poètes fréquentaient.

L’endroit est sympathique, la nourriture correcte, l’Irouléguy excellent mais le service un peu lent.

Nous vous recommandons la lecture du livret de Patrick Picornot « A travers le quartier Croulebarbe, dans les pas de sept poètes d’autrefois, sur les rives imaginaires de la Bièvre » (Paroles et poésie, Collection de la « Barque au Soleil« (parole.et.poesie@gmail.com) Patrick Picornot et Aumane Placide étaient nos guides

Photos Bernard Gomel et Michel Rogé